dimanche 6 mars 2011

Poems of Arthur Rimbaud 法英对照

Poems of Arthur Rimbaud 法英对照
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles 
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, 
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles... 
- On entend dans les bois lointains des hallalis. 

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie 
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir 
Voici plus de mille ans que sa douce folie 
Murmure sa romance à la brise du soir 

Le vent baise ses seins et déploie en corolle 
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ; 
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule, 
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux. 

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ; 
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort, 
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile : 
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or 


II 


O pâle Ophélia ! belle comme la neige ! 
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté ! 
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège 
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ; 

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure, 
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits, 
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature 
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ; 

C'est que la voix des mers folles, immense râle, 
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ; 
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle, 
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux ! 

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle ! 
Tu te fondais à lui comme une neige au feu : 
Tes grandes visions étranglaient ta parole 
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu ! 


III 


- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles 
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ; 
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles, 
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys. 

-------------------------- 

Ophelia 





On the calm black water where the stars are sleeping 
White Ophelia floats like a great lily; 
Floats very slowly, lying in her long veils... 
- In the far-off woods you can hear them sound the mort. 

For more than a thousand years sad Ophelia 
Has passed, a white phantom, down the long black river. 
For more than a thousand years her sweet madness 
Has murmured its ballad to the evening breeze. 

The wind kisses her breasts and unfolds in a wreath 
Her great veils rising and falling with the waters; 
The shivering willows weep on her shoulder, 
The rushes lean over her wide, dreaming brow. 

The ruffled water-lilies are sighing around her; 
At times she rouses, in a slumbering alder, 
Some nest from which escapes a small rustle of wings; 
- A mysterious anthem falls from the golden stars. 


II 


O pale Ophelia! beautiful as snow! 
Yes child, you died, carried off by a river! 
- It was the winds descending from the great mountains of Norway 
That spoke to you in low voices of better freedom. 

It was a breath of wind, that, twisting your great hair, 
Brought strange rumors to your dreaming mind; 
It was your heart listening to the song of Nature 
In the groans of the tree and the sighs of the nights; 

It was the voice of mad seas, the great roar, 
That shattered your child's heart, too human and too soft; 
It was a handsome pale knight, a poor madman 
Who one April morning sate mute at your knees! 

Heaven! Love! Freedom! What a dream, oh poor crazed Girl! 
You melted to him as snow does to a fire; 
Your great visions strangled your words 
- And fearful Infinity terrified your blue eye! 


III 


- And the poet says that by starlight 
You come seeking, in the night, the flowers that you picked 
And that he has seen on the water, lying in her long veils 
White Ophelia floating, like a great lily. 


2009-02-24 00:02:00 Tyger Tyger (non sum qualis eram)

Voyelles 



A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, 
Je dirai quelque jour vos naissances latentes : 
A, noir corset velu des mouches éclatantes 
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles, 

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, 
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ; 
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles 
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ; 

U, cycles, vibrements divins des mers virides, 
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides 
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ; 

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, 
Silence traversés des Mondes et des Anges : 
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! - 

--------------------------------- 

Vowels 



A Black, E white, I red, U green, O blue : vowels, 
I shall tell, one day, of your mysterious origins: 
A, black velvety jacket of brilliant flies 
Which buzz around cruel smells, 

Gulfs of shadow; E, whiteness of vapours and of tents, 
Lances of proud glaciers, white kings, shivers of cow-parsley; 
I, purples, spat blood, smile of beautiful lips 
In anger or in the raptures of penitence; 

U, waves, divine shudderings of viridian seas, 
The peace of pastures dotted with animals, the peace of the furrows 
Which alchemy prints on broad studious foreheads; 

O, sublime Trumpet full of strange piercing sounds, 
Silences crossed by Worlds and by Angels: 
O the Omega, the violet ray of Her Eyes! 


2009-02-24 00:03:00 Tyger Tyger (non sum qualis eram)

Le Bateau ivre 



Comme je descendais des Fleuves impassibles, 
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : 
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles 
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. 

J'étais insoucieux de tous les équipages, 
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. 
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages 
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. 

Dans les clapotements furieux des marées 
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants, 
Je courus ! Et les Péninsules démarrées 
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. 

La tempête a béni mes éveils maritimes. 
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots 
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, 
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! 

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures, 
L'eau verte pénétra ma coque de sapin 
Et des taches de vins bleus et des vomissures 
Me lava, dispersant gouvernail et grappin 

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème 
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, 
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême 
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires 
Et rythmes lents sous les rutilements du jour, 
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, 
Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! 

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes 
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir, 
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, 
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir ! 

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, 
Illuminant de longs figements violets, 
Pareils à des acteurs de drames très-antiques 
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! 

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, 
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, 
La circulation des sèves inouïes, 
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! 

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries 
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, 
Sans songer que les pieds lumineux des Maries 
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs ! 

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides 
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux 
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides 
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux ! 

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses 
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! 
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces, 
Et les lointains vers les gouffres cataractant ! 

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! 
Échouages hideux au fond des golfes bruns 
Où les serpents géants dévorés de punaises 
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums ! 

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades 
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. 
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades 
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. 

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, 
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux 
Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes 
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... 

Presque île, balottant sur mes bords les querelles 
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds 
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles 
Des noyés descendaient dormir, à reculons ! 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, 
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, 
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses 
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ; 

Libre, fumant, monté de brumes violettes, 
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur 
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, 
Des lichens de soleil et des morves d'azur, 

Qui courais, taché de lunules électriques, 
Planche folle, escorté des hippocampes noirs, 
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques 
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ; 

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues 
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, 
Fileur éternel des immobilités bleues, 
Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! 

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles 
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : 
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles, 
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? - 

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. 
Toute lune est atroce et tout soleil amer : 
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. 
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! 

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache 
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé 
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche 
Un bateau frêle comme un papillon de mai. 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, 
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, 
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, 
Ni nager sous les yeux horribles des pontons. 
-------------------------- 

The Drunken Boat 



As I was floating down unconcerned Rivers 
I no longer felt myself steered by the haulers: 
Gaudy Redskins had taken them for targets 
Nailing them naked to coloured stakes. 

I cared nothing for all my crews, 
Carrying Flemish wheat or English cottons. 
When, along with my haulers those uproars were done with 
The Rivers let me sail downstream where I pleased. 

Into the ferocious tide-rips 
Last winter, more absorbed than the minds of children, 
I ran! And the unmoored Peninsulas 
Never endured more triumphant clamourings 

The storm made bliss of my sea-borne awakenings. 
Lighter than a cork, I danced on the waves 
Which men call eternal rollers of victims, 
For ten nights, without once missing the foolish eye of the harbor lights! 

Sweeter than the flesh of sour apples to children, 
The green water penetrated my pinewood hull 
And washed me clean of the bluish wine-stains and the splashes of vomit, 
Carring away both rudder and anchor. 

And from that time on I bathed in the Poem 
Of the Sea, star-infused and churned into milk, 
Devouring the green azures; where, entranced in pallid flotsam, 
A dreaming drowned man sometimes goes down; 

Where, suddenly dyeing the bluenesses, deliriums 
And slow rhythms under the gleams of the daylight, 
Stronger than alcohol, vaster than music 
Ferment the bitter rednesses of love! 

I have come to know the skies splitting with lightnings, and the waterspouts 
And the breakers and currents; I know the evening, 
And Dawn rising up like a flock of doves, 
And sometimes I have seen what men have imagined they saw! 

I have seen the low-hanging sun speckled with mystic horrors. 
Lighting up long violet coagulations, 
Like the performers in very-antique dramas 
Waves rolling back into the distances their shiverings of venetian blinds! 

I have dreamed of the green night of the dazzled snows 
The kiss rising slowly to the eyes of the seas, 
The circulation of undreamed-of saps, 
And the yellow-blue awakenings of singing phosphorus! 

I have followed, for whole months on end, the swells 
Battering the reefs like hysterical herds of cows, 
Never dreaming that the luminous feet of the Marys 
Could force back the muzzles of snorting Oceans! 

I have struck, do you realize, incredible Floridas 
Where mingle with flowers the eyes of panthers 
In human skins! Rainbows stretched like bridles 
Under the seas' horizon, to glaucous herds! 

I have seen the enormous swamps seething, traps 
Where a whole leviathan rots in the reeds! 
Downfalls of waters in the midst of the calm 
And distances cataracting down into abysses! 

Glaciers, suns of silver, waves of pearl, skies of red-hot coals! 
Hideous wrecks at the bottom of brown gulfs 
Where the giant snakes devoured by vermin 
Fall from the twisted trees with black odours! 

I should have liked to show to children those dolphins 
Of the blue wave, those golden, those singing fishes. 
- Foam of flowers rocked my driftings 
And at times ineffable winds would lend me wings. 

Sometimes, a martyr weary of poles and zones, 
The sea whose sobs sweetened my rollings 
Lifted its shadow-flowers with their yellow sucking disks toward me 
And I hung there like a kneeling woman... 

Almost an island, tossing on my beaches the brawls 
And droppings of pale-eyed, clamouring birds, 
And I was scudding along when across my frayed cordage 
Drowned men sank backwards into sleep! 

But now I, a boat lost under the hair of coves, 
Hurled by the hurricane into the birdless ether, 
I, whose wreck, dead-drunk and sodden with water, 
neither Monitor nor Hanse ships would have fished up; 

Free, smoking, risen from violet fogs, 
I who bored through the wall of the reddening sky 
Which bears a sweetmeat good poets find delicious, 
Lichens of sunlight [mixed] with azure snot, 

Who ran, speckled with lunula of electricity, 
A crazy plank, with black sea-horses for escort, 
When Julys were crushing with cudgel blows 
Skies of ultramarine into burning funnels; 

I who trembled, to feel at fifty leagues' distance 
The groans of Behemoth's rutting, and of the dense Maelstroms 
Eternal spinner of blue immobilities 
I long for Europe with it's aged old parapets! 

I have seen archipelagos of stars! and islands 
Whose delirious skies are open to sailor: 
- Do you sleep, are you exiled in those bottomless nights, 
Million golden birds, O Life Force of the future? - 

But, truly, I have wept too much! The Dawns are heartbreaking. 
Every moon is atrocious and every sun bitter: 
Sharp love has swollen me up with heady langours. 
O let my keel split! O let me sink to the bottom! 

If there is one water in Europe I want, it is the 
Black cold pool where into the scented twilight 
A child squatting full of sadness, launches 
A boat as fragile as a butterfly in May. 

I can no more, bathed in your langours, O waves, 
Sail in the wake of the carriers of cottons, 
Nor undergo the pride of the flags and pennants, 
Nor pull past the horrible eyes of the hulks. 
Le Dormeur du Val 

C'est un trou de verdure où chante une rivière 
Accrochant follement aux herbes des haillons 
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, 
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons. 

Un soldat jeune, lèvre bouche ouverte, tête nue, 
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, 
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue, 
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme 
Sourirait un enfant malade, il fait un somme : 
Nature, berce-le chaudement : il a froid. 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; 
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine 
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. 


-------------------------- 

The Sleeper in the Valley 

It is a green hollow where a stream gurgles, 
Crazily catching silver rags of itself on the grasses; 
Where the sun shines from the proud mountain: 
It is a little valley bubbling over with light. 

A young soldier, open-mouthed, bare-headed, 
With the nape of his neck bathed in cool blue cresses, 
Sleeps; he is stretched out on the grass, under the sky, 
Pale on his green bed where the light falls like rain. 

His feet in the yellow flags, he lies sleeping. Smiling as 
A sick child might smile, he is having a nap: 
Cradle him warmly, Nature: he is cold. 

No odour makes his nostrils quiver; 
He sleeps in the sun, his hand on his breast 
At peace. There are two red holes in his right side. 
À la Musique. 

Sur la place taillée en mesquines pelouses, 
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs, 
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs 
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses 

- L'orchestre militaire, au milieu du jardin, 
Balance ses schakos dans la Valse des fifres : 
- Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ; 
Le notaire pend à ses breloques à chiffres 

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs : 
Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames 
Auprès desquelles vont, officieux cornacs, 
Celles dont les volants ont des airs de réclames ; 

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités 
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme, 
Fort sérieusement discutent les traités, 
Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..." 

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins, 
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, 
Savoure son onnaing d'où le tabac par brins 
Déborde - vous savez, c'est de la contrebande ; - 

Le long des gazons verts ricanent les voyous ; 
Et rendus amoureux par le chant des trombones, 
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious 
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes.. 

- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant 
Sous les marronniers verts les alertes fillettes : 
Elles le savent bien ; et tournent en riant, 
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes 

Je ne dit pas un mot : je regarde toujours 
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles : 
Je suis, sous le corsage et les frêles atours, 
Le dos divin après la courbe des épaules 

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas... 
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres. 
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas... 
- Et mes désirs brutaux s'accrochent à leurs lèvres... 

--------------------------- 

To Music 

On the square which is chopped into mean little plots of grass, 
The square where all is just so, both the trees and the flowers, 
All the wheezy townsfolk whom the heat chokes bring 
Each Thursday evening, their envious silliness. 

- The military band, in the middle of the gardens, 
Swing their shakos in the Waltz of the Fifes: 
Round about, near the front rows, the town dandy struts; 
- The notary hangs like a charm from his own watch chain. 

Private incomes in pince-nez point out all false notes: 
Great counting-house desks, bloated, drag their stout spouses 
Close by whom, like bustling elephant keepers, 
Walk females whose flounces remind you of sales; 

On the green benches, retired grocers' clubs, 
Poking the sand with their knobbed walking canes, 
Gravely discuss trade agreements, 
And then take snuff from silver boxes, and resume: "In short!..." 

Spreading over his bench all the fat of his rump, 
A pale-buttoned burgher, a Flemish corporation, 
Savours his Onnaing, whence shreds of tobacco hang loose 
You realize, it's smuggled, of course; - 

Along the grass borders yobs laugh in derision; 
And, melting to love at the sound of trombones, 
Very simple, and sucking at roses, the little foot-soldiers 
Fondle the babies to get round their nurses... 

- As for me, I follow, dishevelled like a student, 
Under the green chestnuts, the lively young girls: 
Which they know very well, and they turn to me, 
Laughing, eyes which are full of indiscreet things. 

I don't say a word: I just keep on looking at 
The skin of their white necks embroidered with stray locks: 
I go hunting, beneath bodices and thin attire, 
The divine back below the curve of the shoulders. 

Soon I've discovered the boot and the stocking... 
- I re-create their bodies, burning with fine fevers. 
They find me absurd, and talk together in low voices... 
- And my savage desires fasten on to their lips...
Ma Bohème (.Fantaisie) 
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; 
Mon paletot aussi devenait idéal ; 
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; 
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! 
Mon unique culotte avait un large trou. 
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course 
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse. 
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou 

Et je les écoutais, assis au bord des routes, 
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes 
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; 

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, 
Comme des lyres, je tirais les élastiques 
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! 

------------------------------- 

My Bohemian Life (.Fantasy) 



I went off with my hands in my torn coat pockets; 
My overcoat too was becoming ideal; 
I travelled beneath the sky, Muse! and I was your vassal; 
Oh dear me! what marvellous loves I dreamed of! 

My only pair of breeches had a big whole in them. 
– Stargazing Tom Thumb, I sowed rhymes along my way. 
My tavern was at the Sign of the Great Bear. 
– My stars in the sky rustled softly. 

And I listened to them, sitting on the road-sides 
On those pleasant September evenings while I felt drops 
Of dew on my forehead like vigorous wine; 

And while, rhyming among the fantastical shadows, 
I plucked like the strings of a lyre the elastics 
Of my tattered boots, one foot close to my heart! 
Sensation 
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, 
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue : 
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. 
Je laisserai le vent baigner ma tête nue. 

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : 
Mais l'amour infini me montera dans l'âme, 
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, 
Par la nature, heureux comme avec une femme. 
Sensation 
On the blue summer evenings, I shall go down the paths, 
Getting pricked by the corn, crushing the short grass: 
In a dream I shall feel its coolness on my feet. 
I shall let the wind bathe my bare head. 

I shall not speak, I shall think about nothing: 
But endless love will mount in my soul; 
And I shall travel far, very far, like a gipsy, 
Through the countryside - as happy as if I were with a woman. 


clicksor